Appel à la convergence et à l'action des mouvements sociaux progressistes

À l'issue du Forum social des peuples (FSP) qui s'est tenu à Ottawa du 21 au 24 août, les mouvements sociaux présents ont lancé un appel à la convergence et à l'action.

« Nous avons participé au Forum social des peuples, car il est urgent de freiner les attaques à la démocratie, de libérer nos sociétés du capitalisme néolibéral, de l'impérialisme, du patriarcat, du colonialisme, du racisme, de l'hétérosexisme et du pouvoir des grandes entreprises sur les peuples. Le processus du Forum social des peuples nous a permis d'approfondir une convergence d'une diversité sans précédent entre nos mouvements.

« Le mouvement social unifié et inédit que nous construisons est plus nécessaire que jamais pour travailler ensemble afin de contrer les attaques sauvages du gouvernement fédéral actuel et des élites dominantes envers nos droits collectifs et individuels, nos emplois, nos retraites, nos services publics, notre environnement, envers les personnes immigrantes, les pauvres et les personnes racisées, et ultimement, envers notre avenir et celui des générations futures.

« Nous ne voulons pas d'un État impérialiste qui soutient les minières canadiennes à l'étranger et qui bafoue les droits du peuple palestinien en appuyant le régime israélien d'Apartheid, malgré les nombreuses résolutions internationales. Nous ne voulons pas d'un État colonialiste qui oppresse les premiers peuples. Nous ne voulons pas d'un État en militarisation croissante qui criminalise la dissidence.

« Au cours de ce forum social, nous avons partagé les germes d'une nouvelle vision de la société basée sur la justice sociale et environnementale, l'autodétermination des premiers peuples, les droits humains, la démocratie, l'égalité entre les personnes et entre les peuples, l'inclusion de toutes les générations, la solidarité, un nouveau paradigme économique au service des personnes, et non l'inverse.

« Nous voulons une société qui lutte contre les inégalités entre les riches et les pauvres, les hommes et les femmes, les blancs et les personnes racisées. Nous voulons défendre et élargir nos services publics et nos programmes sociaux dans la perspective de respecter les droits sociaux, économiques et culturels.

« Nous savons l'importance de porter un autre modèle de société haut et fort. Il ne s'agit pas seulement de s'opposer aux conservateurs de Stephen Harper, il s'agit aussi de reprendre le contrôle de notre avenir collectif.

« Cependant, à court terme, nous devons propulser l'actuelle convergence des mouvements sociaux vers un rôle actif, non-partisan, et mener une campagne combattive contre les conservateurs. Tant que les conservateurs imposeront leur conception de la société et du monde, nous ne pourrons protéger nos droits et l'environnement et nous ne pourrons mener un débat ouvert sur ce que serait une société juste, viable et respectueuse des peuples qui la composent. Tous les partis politiques doivent sentir la pression d'un mouvement social organisé.

« Nous nous engageons à maintenir des liens vivants et durables à travers les structures que nous lègue ce Forum social des peuples (caucus, commissions régionales, réseaux créés à l'occasion des ateliers et des assemblées de convergences). Le feu qui nous habite au sortir de cette rencontre doit perdurer !

« Les systèmes d'oppression et de domination sont intimement imbriqués et c'est pourquoi il faut tous les combattre. Chaque attaque des conservateurs contre l'un de nos mouvements est donc une attaque contre nous tou.te.s et affaiblit le mouvement dans son ensemble. Nous avons la responsabilité de combattre l'oppression dans nos mouvements et d'être solidaire des personnes qui sont aux marges de nos combats. Nous avons aussi la responsabilité de travailler ensemble pour exprimer notre solidarité envers les peuples de la Terre. Nous devons reconnaitre dans nos mouvements la réalité du colonialisme au Canada qui fait que les premiers peuples ne sont pas une composante du mouvement comme les autres.

« Ce forum nous a nourri d'espoir quant à notre capacité à dépasser nos limites et, ensemble, vaincre. Nous sommes unis politiquement et serons en action partout où nous sommes sur ce territoire. Nous appelons à des manifestations partout au pays, des actions et des réactions concertées de la part des divers mouvements aux attaques conservatrices. Nous devons riposter de façon créative et massive. Ils doivent comprendre que nous ne les laisserons plus faire sans réagir. Ils doivent sentir le poids de notre convergence !

« Nous devons démontrer qu'un autre projet pour notre société est non seulement possible, mais nécessaire. Les conclusions du FSP sont une responsabilité collective. Cet urgent appel à la convergence des mouvements sociaux s'incarne dans l'action. Les solutions nous appartiennent, organisations et individus. Le changement que nous souhaitons est notre responsabilité.

« Nous appelons aussi la population et les autres mouvements à travailler avec nous pour battre les conservateurs. À travailler avec nous pour battre le conservatisme et le néolibéralisme. À rebâtir une démocratie en crise et penser cet autre système, qui ne sera pas basé sur l'oppression et l'exploitation, mais sur une économie de la vie et du bien-être des personnes et de la Terre. »

Le FSP en bref

Du 21 au 24 août 2014, sur le campus de l'université d'Ottawa, le Forum social des peuples a rassemblé plus de 5 000 participantes et participants qui ont assisté à plus de 500 ateliers et à une vingtaine d'assemblées de convergence.

Ensemble pour gagner, l'avenir est à nous !

Départ canon pour l'Assemblée des mouvements sociaux sur les changements climatiques

Michel LAMBERT, 11 juin 2014

Plus d’une soixantaine de personnes étaient à Montréal le 6 juin dernier pour la première Assemblée des mouvements sociaux sur les changements climatiques prévue dans le cadre du processus du Forum social des peuples d’aout 2014. Cette rencontre préparatoire de la grande Assemblée des mouvements sur les changements climatiques du 23 aout prochain a pu regrouper des représentantEs de groupes écologiques, d’associations citoyennes, de communautés autochtones et, signe clair que l’enjeux climatique traverse dorénavant tous les secteurs, des représentantEs syndicaux, de groupes de femmes et d’associations d’étudiants. La Colombie Britannique, l’Alberta, l’Ontario, le Québec et huit communautés/groupes autochtones y furent représentés.

La rencontre se tenait en alliance avec le passage à Montréal de la Marche des peuples pour la Terre-mère, un projet de 700 km (de Cacouna à Kanesatake) visant à mobiliser les communautés locales qui seront touchées tant par la Ligne 9 que le projet Energie Est.

Une volonté sans précédent de travailler ensemble

Appelée initialement par Alternatives et le Conseil des Canadiens, cette première assemblée a finalement mobilisé une quinzaine d’organisations pour préparer cette seule rencontre préparatoire. L’urgence et l’opportunité de travailler ensemble, dans le respect des particularités de chacun, mais en solidarité et en complémentarité les uns avec les autres pour obtenir des gains significatifs contre les politiques anti-climat et pro-hydrocarbures du Gouvernement fédéral actuel furent des éléments fédérateurs de ce groupe initial qui tint des discussions à trois niveaux pour dégager des premiers consensus.

Trois enjeux prioritaires

Principaux projets canadiens responsables de la croissance des émissions de gaz à effet de serre impactant les changements climatiques, l’Assemblée des mouvements sociaux sera contre le développement des projets d’exploitation des hydrocarbures.
Elle traitera aussi de la très nécessaire transition verte, des énergies renouvelables, des emplois verts, de la décroissance.
L’Assemblée des mouvements sociaux sur les changements climatiques fera la promotion du concept de la justice climatique et donc du respect des droits des communautés autochtones.

Converger, coaliser, coordonner !

L’Assemblée veut faire davantage ensemble que la somme de toutes ces parties. L’art engagé, l’action directe et la désobéissance civile furent les premiers moyens retenus. Des campagnes de désinvestissement, des camps de formation, des déclarations communes sont aussi au programme.

Une Assemblée pérenne

L’Assemblée des mouvements sociaux sur les changements climatiques, contrairement à l’industrie extractive, se veut durable ! Elle se dotera d’une structure inclusive, horizontale et participative basée sur la Charte du Forum social des peuples pour débattre et mettre de l’avant des plans d’actions et de communications communs.

Au Forum social des peuples, et après

Plus de 10 000 personnes sont attendues au Forum social des peuples qui se tiendra à Ottawa du 21 au 24 aout 2014. Ce sera une rencontre historique : la toute première fois où autant de militantEs et d’organismes progressistes du Québec, du Canada anglais et des Premières nations se réuniront pour discuter de l’avenir que nous voulons. La question de la façon dont nous protégeons notre climat sera fondamentale.

L’Assemblée des mouvements sociaux sur les changements climatiques veut justement les freiner. Indépendamment de qui gouvernera ce pays après 2015, nous savons que les politiques et les actions de notre gouvernement et de l’industrie sont hautement responsables et que l’opposition parlementaire ne propose que peu de changements importants.

En regroupant les forces de partout à l’échelle du territoire canadien : groupes écologistes, autochtones, associations citoyennes, jeunes, scientifiques, travailleurEs, étudiantEs et davantage, l’Assemblée proposera de faire de la lutte aux changements climatiques un levier pour donner un nouveau souffle aux luttes actuelles et au combat historique de la société civile en faveur de la justice climatique et sociale.

Voir en ligne : Forum social des peuples

Prenez connaissance du rapport complet concernant la rencontre du 6 juin à Montréal

Premier Forum social des peuples de l’histoire du Canada Un rendez-vous à ne pas manquer !

Le Forum social des peuples, qui se tiendra du 21 au 24 août prochain, à Ottawa, sera un moment stratégique pour le mouvement syndical et l’ensemble de la société civile pour bâtir des alliances afin de contrer les politiques néolibérales et néoconservatrices au Canada.


La FTQ a participé de près à l’organisation de cet événement qui se veut un lieu de rencontre et de convergence des mouvements sociaux, d’échanges populaires et de manifestations artistiques reflétant une diversité de revendications et d’aspirations.

Le Forum sera une occasion unique pour les membres de la FTQ de bâtir et de renforcer les solidarités avec les acteurs qui luttent contre les politiques de droite. Ce faisant, cette activité s’inscrit tout à fait dans la mire de la campagne FTQ Ensemble pour un monde plus juste.

Cet événement permettra aussi aux membres et aux militants et militantes de façonner les luttes et les actions des prochains mois et ainsi préparer le terrain pour le Forum social mondial prévu en août 2016 à Montréal.
 

Inscrivez des ateliers

Une des particularités des forums sociaux est que la programmation est établie par les participants et participantes. Les divers groupes de la société civile peuvent donc inscrire des ateliers en ligne en y indiquant un titre, une courte description, le nombre de personnes attendues et la langue qui sera employée. Un comité sera ensuite chargé d’établir la programmation en fonction des demandes.

La FTQ a déjà présenté une vingtaine d’ateliers, en collaboration avec ses différents services, ses conseils régionaux et ses syndicats affiliés.

Vous avez jusqu’au 21 juin 2014 pour inscrire vos ateliers sur le site du forum.

Nous vous invitons à vous inscrire en grand nombre sur le site du Forum : www.peoplessocialforum.org.


La FTQ a préparé une brochure qui a été envoyée à tous les syndicats affiliés. Vous y trouverez tous les détails logistiques concernant les ateliers, les assemblées, les horaires, l’hébergement, etc.
Télécharger la brochure
Renseignements sur l’hébergement

Pour en savoir plus :

Site Internet du Forum social des peuples
Page Facebook du Forum social des peuples
Twitter @forumsocial2014 | #PSF2014

Une Assemblée des mouvements sur la construction des médias

Nous voulons impliquer les gens au sein d’une approche collective de la construction des médias et des infrastructures de communication, une approche qui peut en soit devenir un projet politique commun et unificateur pour des gens qui travaillent sur un large éventail de questions. Les médias et la communication sont essentiels pour la sensibilisation, pour le travail en commun et pour traiter de tous les types d'injustices et de problèmes sociaux. Ce projet vise à décloisonner les gens de médias et les militant-es afin qu’ils puissent mieux travailler ensemble en soutenant les efforts de chacun. Nous utilisons le Forum social des peuples (FSP) prévu du 21 au 24 Août à Ottawa pour tenir une Assemblée des mouvements pour discuter de stratégie et de planification sur ces enjeux.


Notez également qu'il y aura un centre de médias alternatifs mis en place lors du Forum en tant qu'espace de travail et de coordination pour les journalistes et les gens de médias qui couvriront le FSP. Deux des projets collectifs de ce centre des médias seront une émission de radio en direct et un quotidien grand format publié durant le forum. Vous pouvez vous impliquer dans un comité de coordination sur ces processus..

Pour participer, contactez :
- Processus de planification de l'Assemblée Mouvement : waawaaskesh@yahoo.ca
- Centre des médias du FSP: sakura.saunders@gmail.com

 

 

Faire front contre la droite canadienne

par Catherine Caron

« Imaginons que les travailleurs et les peuples autochtones unissent leurs forces dans une coalition significative – les propriétaires légitimes du territoire côte à côte avec les personnes travaillant dans les mines et les pipelines, demandant ensemble un autre modèle économique. Les peuples et la Terre elle-même d’un côté, le capitalisme prédateur de l’autre : les conservateurs de Stephen Harper ne sauraient pas ce qui les aurait frappés. […] Bâtir les types de coalitions dont nous avons besoin commence par l’identification des fils qui relient toutes nos luttes. Et la reconnaissance qu’ils incarnent une seule et MÊME lutte. » Naomi Klein, discours du 1er septembre 2013 à l’UNIFOR à Toronto



Les revues d’analyse et d’idées « pensent » parfois de concert et il arrive que leurs trajectoires se croisent sans qu’elles l’aient planifié, sous la force de nécessités politiques et sociales qui s’imposent à la société. Ainsi, avec ce nouveau dossier, dans le contexte actuel marqué par le gouvernement conservateur autocratique, militariste et éco-irresponsable au pouvoir à Ottawa, nous nous inscrivons dans la conscience partagée qu’il nous faut, à gauche, aborder « la question canadienne », comme l’ont nommée Les Nouveaux Cahiers du socialisme (no 9, 2013). Il nous faut briser les deux solitudes, voire les multiples solitudes dans lesquelles se trouvent souvent les peuples de ce pays – québécois, canadien, autochtones, acadien, etc. Non seulement nuisent-elles à la réinvention des alliances nécessaires pour « vaincre Harper », mais plus fondamentalement encore, elles ne nous aident pas à briser le cycle dangereux dans lequel l’humanité s’enfonce – si rien n’est fait – sur fond de crises multiples, d’inégalités croissantes et de péril écologique.
 
Nous faisons aussi nôtre l’avertissement lancé par Jean Pichette (bien connu des lecteurs de Relations, dont il a été le rédacteur en chef de 1999 à 2002) dans son article « La grande confusion », paru dans le dossier « Que conservent les conservateurs? » (Liberté, no 297, 2012). C’est là un texte-déflagration pulvérisant avec mæstria les idées reçues sur le conservatisme et le progressisme. Il éclaire le processus de dépolitisation et de reféodalisation du monde que nourrit le Parti conservateur actuel en « faisant du politique un moyen pour des fins privées », et fustige une pensée binaire qui réduit tant les enjeux que la véritable nature des adversaires en présence.
 
S’abreuvant à différents courants (conservatisme moral, néoconservatisme, libertarisme, néolibéralisme, etc.) avec lesquels ils doivent aussi composer, les conservateurs de Stephen Harper proposent un cocktail inédit et corrosif, qui déstabilise le type même de conservatisme qu’avait connu le Canada jusqu’ici. Toutefois, si les atteintes aux droits des femmes ou des homosexuels, par exemple, caractérisent le conservatisme moral de leur gouvernement, la prédation des ressources, l’accumulation et la concentration de la richesse, ou encore l’affaiblissement du mouvement syndical ne sont pas l’apanage des seuls conservateurs. Plusieurs militants aguerris de la lutte contre l’exploitation des sables bitumineux ou contre le libre-échange, par exemple, confirment que la situation était souvent à peine meilleure sous les libéraux; la différence étant qu’avec les conservateurs, les masques sont tombés là où chez leurs prédécesseurs, on s’occupait davantage de préserver les apparences.
 
Les artisans et participants du Forum social des peuples, qui se tiendra à Ottawa et Gatineau en août prochain, savent bien que l’horizon de leurs luttes est plus vaste que la frontière délimitée par le « facteur Harper », même s’ils s’y rassembleront poussés par la conviction que ce gouvernement, plus que tout autre, doit tomber, et que l’émergence d’un fort mouvement populaire est urgente pour y arriver. Nous avons voulu accompagner en amont le processus de réflexion et de préparation de ce Forum, en jetant un regard sur certains des écueils et défis auxquels fait face une gauche plurielle, fragmentée, confrontée à la nécessité de mieux se connaître et de mieux coopérer pour contrer les attaques et les politiques de ce gouvernement. Le mouvement pancanadien des jeunes féministes rebELLEs compte parmi les expériences très inspirantes des dernières années, nous en avons déjà parlé dans Relations. Ce dossier s’attardera cette fois davantage aux luttes des Autochtones, des écologistes et des chrétiens de gauche.
 
Par ailleurs, il faut savoir d’où l’on vient et dans quoi l’on s’insère pour espérer transformer la société. Ce Forum a également un rôle important à jouer dans la bataille idéologique et symbolique menée par les conservateurs et la droite en général, afin de lui opposer un autre imaginaire, tissé des couleurs de la solidarité, des savoirs anciens et de la mémoire des luttes populaires ignorées par les dominants. L’urgence des mobilisations sociales ne doit jamais justifier de faire l’impasse sur un travail continuel d’éducation et de transmission culturelle qui est fondamental. Il inclut d’analyser ce capitalisme canadien poussé plus loin dans le néolibéralisme par les conservateurs, de comprendre la nature de nos élites et d’un État fédéral toujours empreints d’un colonialisme qui permet à une minorité de gouverner, de sanctuariser les droits et privilèges accordés aux compagnies (minières, pétrolières, etc.), de bafouer les droits des peuples autochtones et de nier au peuple québécois son plein droit de décider de son avenir.
 
À cet égard, la question nationale reste sans doute l’un des plus grands écueils auxquels est confrontée la gauche canadienne. Si cette question semble réglée pour certains de ses partisans, qui reconnaissent au peuple québécois son droit à l’autodétermination, ne reste-t-il pas une frange significative qui ne voit guère de non-sens dans le fait de défendre les droits des minorités et des Autochtones du Canada ou de pays étrangers alors qu’elle refuse aux Québécois voisins leur droit à l’autodétermination? Cette contradiction – que chaque nouvel épisode de Québec bashing au Canada anglais semble nourrir, on l’a vu encore récemment – doit être surmontée une fois pour toute, surtout à gauche.
 
Quant à nous, parallèlement, ne parlons-nous pas, parfois, de la souveraineté du Québec en faisant preuve d’un instinct de possession qui néglige la prise en compte véritable des droits territoriaux des premiers peuples établis ici? Et savons-nous toujours dépasser notre orgueil et nos préjugés pour nous intéresser à ce qui se passe hors Québec, où des citoyens luttent aussi pour le bien commun et une société plus juste et démocratique? Lancé dans l’Ouest canadien par des femmes autochtones, le mouvement Idle No More (Fini l’inertie) a puissamment démontré qu’aussi inspirante soit la force de résistance et d’invention sociale qui se vit et s’observe au Québec, elle ne doit pas laisser penser que rien ne se passe ailleurs.
 
Les chemins d’une résistance cohérente ancrée à gauche sont exigeants, pluriels et conflictuels, mais chose certaine, ils s’inventent en marchant ensemble.

Publié sur Relations

Des centaines de jeunes militants se réunissent à Toronto pour le premier Forum social des étudiants et étudiantes

Aujourd'hui, 200 étudiants militants du Toronto District School Board (TDSB) se joindront à des militants des milieux syndical, étudiant et communautaire afin de partager leurs passions et leurs expériences dans le cadre d’un forum qui vise à approfondir l’engagement dans le domaine de la justice sociale. Le premier évènement en son genre, l’OSSTF Human Rights Committee souhaite faire de « Action reAction : A Youth Social Forum » un événement annuel pour le TDSB.

« Il y a tellement d’éducateurs et d’étudiants qui travaillent activement à faire la promotion des droits humains et de la justice sociale, a expliqué Bruce Lyne, un enseignant à Toronto et un des organisateurs du Youth Social Forum. On a voulu créer une occasion pour qu’ils puissent se rencontrer entre eux avec des militants du milieu communautaire. La conférence porte sur la construction d’une communauté militante plus forte dans nos écoles. »

L’évènement inclura aussi les Camille Natale Awards, un prix annuel donné à des étudiants afin de souligner leur travail exceptionnel dans le domaine des droits humains et de la justice sociale. Le conférencier principal, un ancien étudiant du Student School, était le récipiendaire du Camille Natale Award l’année passée.

« En tant que futurs leaders du monde, nous avons un choix, a expliqué André, en décrivant pourquoi il croit que la jeunesse doit être politiquement engagée. Nous pouvons continuer de vivre dans un monde d’oppression qui nous a été imposé par les générations antérieures, ou nous pouvons briser le cycle de répression et créer un monde meilleur. C’est notre monde, notre gouvernement, nous devons en prendre le contrôle et commencer à faire des changements positifs. »

Le forum social étudiant est aussi un évènement préparatoire au Forum social des peuples, un lieu de rencontre massive ayant lieu à Ottawa au mois d’août. Cette rencontre accueillera à l’Université d’Ottawa des centaines d’ateliers animés par des participants afin de concerter des mouvements sociaux contre l’appauvrissement dû aux politiques d’austérité et pour la justice sociale au Canada.

CONTACT : 
Hayssam Hulays, OSSTF District 12 Toronto: hhulays@osstfd12.com, (416) 393-8900 x243

LIEU : Ontario Institute for Studies in Education (OISE) 252 Bloor, Toronto

Sauver le climat, battre Harper et changer le monde

La décision concernant le développement du projet Northern Gateway est attendue la première semaine de juin. Le niveau du suspense est nul. Tout le monde le sait, Stephen Harper serait l’unique canadien à soutenir le projet qu’il irait de l’avant malgré les référendums perdus, les oppositions citoyennes et autochtones, en niant les responsabilités canadiennes et les impacts de l’expansion de l’industrie des sables bitumineux sur les changements climatiques. Comme il le disait si bien à Barack Obama récemment sur le pipeline Keystone XL : « Nous n’accepterons PAS un ‘non’ comme réponse ! »

Alors, est-ce la fin de l’histoire ? Non ! Cette même première semaine de juin 2014, un processus sans précédent visant la création d’une Assemblée des mouvements sociaux du Québec, du Canada et des Premières Nations sur le Climat s’initiera à Montréal, là même où se déplacera en partie l’attention pro-oléoduc gouvernementale puisqu’au moins deux projets majeurs doivent désormais traverser le Québec.

Les documents de présentation du processus d’Assemblée sont clairs ; l’Assemblée voudra directement s’attaquer à la question du développement des sables bitumineux, principal responsable des augmentations faramineuses d’émissions de gaz à effet de serre canadiennes.

Le péril climatique
Depuis le premier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) en 1990, il est clair que les émissions de gaz à effet de serre provoquées par la combustion de pétrole, de gaz et de charbon bouleversent le climat mondial. Les changements climatiques ont même déjà commencé, avec une augmentation de 0,8°C par rapport à la période précédant la révolution industrielle. À l’heure actuelle, le monde se dirige non pas vers 2°C d’augmentation, mais plutôt vers une augmentation vertigineuse de 4°C à 5°C, prévient l’Agence internationale de l’énergie.

Harper dans le déni
Pendant ce temps, le gouvernement Harper refuse de reconnaitre l’urgence du problème et d’offrir des solutions pour assurer le respect de cibles climatiques crédibles. Au contraire, il s’est attaqué aux processus qui devraient normalement protéger l’environnement, d’où l’importance de se mobiliser massivement, et vite, autour de cette question.

Par son projet de loi omnibus C-38, il a réduit nettement les évaluations environnementales des nouveaux projets de sables bitumineux et d’autres projets fortement émetteurs. Il a remis en question l’intégrité territoriale des Premières nations dans son deuxième projet de loi mammouth C-45. Il a ensuite cherché à déstabiliser les groupes environnementaux en leur faisant subir des vérifications comptables disproportionnées et une surveillance digne d’un roman de George Orwell. Alors que les règles pour limiter les émissions du secteur du pétrole et du gaz se font toujours attendre, le gouvernement Harper accorde année après année des subventions de 1,4 G$ aux pétrolières.

Une alliance extraparlementaire pour sauver le climat
Les Conservateurs sont tellement attachés à la croissance des sables bitumineux pour réaliser leur programme économique extractiviste qu’ils nient carrément que les changements climatiques soient un réel problème. Les autres partis apparaissent plutôt timides sur la question et ne se pressent pas pour introduire, comme cela se fait dans certains pays nordiques, des plans de sortie du pétrole.

La balle est donc essentiellement dans le camp de la société civile qui lancera donc le 6 juin un processus sans précédent réunissant les forces de l’Est et de l’Ouest, avec les communautés autochtones au sein d’une alliance extraparlementaire large pour, d’une part, forcer le parti conservateur à modifier son approche et, d’autre part, forcer les autres partis, s’ils souhaitent prendre la place de Harper, à adapter leurs plateformes pour répondre au problème climatique. La rencontre de juin culminera par une rencontre plus large encore, prévue au sein du Forum social des peuples où plus de 10 000 personnes sont attendues, du 21 au 24 aout à Ottawa.

Le climat : un enjeu stratégique pour les mouvements sociaux
L’Assemblée sur le climat sera la toute première initiative regroupant des forces de partout à l’échelle du territoire canadien. Groupes écologistes, autochtones, associations citoyennes, jeunes, scientifiques, tous ceux et celles qui sont en marche sur cet enjeu seront présents.

Le mouvement environnemental canadien est très dynamique et inspirant, mais il ne peut à lui seul porter le combat contre les changements climatiques. Ainsi la seconde innovation de l’Assemblée sera d’impliquer dans cette lutte les autres éléments du mouvement social. Les renforts des travailleuses, des travailleurs, des étudiantes et des étudiants, de la population autochtone, de citoyennes et de citoyens de tous les secteurs de la population au Canada sont nécessaires.

L’automne dernier, Naomi Klein rappelait devant les membres du nouveau syndicat UNIFOR que lutter contre les changements climatiques revient à lutter pour des mesures qui sont des revendications historiques du mouvement syndical et communautaire.

L’Assemblée sur le climat proposera donc de faire de la lutte aux changements climatiques un outil pour donner un nouveau souffle aux luttes actuelles et au combat historique de la société civile en faveur de la justice sociale. Considérant la stratégie unique du gouvernement Harper pour le pétrole, ce nouveau souffle pourra fragiliser l’alliance entre l’industrie pétrolière et le gouvernement Harper.

Le cœur de la bête
Adopter la lutte aux changements climatiques comme pierre angulaire d’une stratégie contre Harper ne peut que paver la voie à un avenir où les gouvernements qui choisiraient de défendre une vision étriquée de l’action publique, de la citoyenneté et de la démocratie, et qui tenteraient de faire primer les intérêts corporatifs sur le bien commun, seraient évincés du pouvoir et maintenus à l’écart.

Bien sûr, cette lutte ne sera pas chose aisée. Après tout, elle vise le cœur de le bête : le libre-marché, la dérèglementation, le néolibéralisme, l’extractivisme. De puissants lobbys et des groupes d’intérêt se dresseront. Mais cette stratégie est le chemin le plus direct vers le retour de la justice sociale et du respect de la nature comme valeurs phares du débat public.

La lutte contre les changements climatiques est celle contre un système au cœur du gouvernement fédéral actuel. Et bien au delà du citoyen Harper ou du parti conservateur, quand nous ébranlerons ce système, nous changerons le monde.